J’ai toujours voulu être entrepreneur, et je crois que pas mal de gens poursuivent le même rêve. Se sentir libre, indépendant, gérer son temps comme on le souhaite, construire quelque chose à soi, s’enrichir, vivre selon ses propres principes, etc., sont autant de désirs qui nous motivent à nous jeter, pieds joints, dans cette aventure tout du moins risquée.

Cela dit, il faut admettre que ce n’est pas la vie souhaitée par tout le monde. Beaucoup cherchent juste un boulot stable, pas trop difficile, avec des activités plus ou moins routinières, qui leur assure la sécurité à la fin du mois, une retraite à la fin de la vie, une assurance santé et un statut social acceptable. Je dis ça mais je soupçonne que s’il était possible d’assurer à ces gens-là cette sécurité tout en leur permettant d’entreprendre – si on retirait de l’entreprenariat ce que comporte le risque de l’échec, ils hésiteraient moins. Leur représentation du succès est différente et tout aussi respectable.

Je ne sais pas précisément ce qui est à l’origine du choix de l’entreprenariat, j’imagine que chacun a son histoire et ses préférences. Mais je pense que l’époque dans laquelle nous vivons, qui valorise une certaine forme de réussite individuelle, nous met un peu la pression.

J’ai rencontré des jeunes diplômés de L’École Polytechnique de Paris hier, et ils me parlaient tous de start-up qu’ils sont en train de monter ou dans lesquelles ils travaillent. Il y a quelques années, ils finissaient tous dans des banques à Londres ou des cabinets de conseil à New-York et leur rêve était de travailler dans une grande organisation – vivre parmi les « grands ». Aujourd’hui, ils préfèrent se laisser porter par des rêves, inventer, réfléchir out-of-the-box, sentir qu’ils construisent quelque chose qui leur appartient.

Chacun de nous se représente le succès. On prend des risques et on fait des sacrifices pour l’atteindre. Mais notre idée du succès tient-elle la route ?

Quel genre de succès ?

J’ai monté des entreprises très différentes (Web, Cloud, restauration, commerce, etc.), certaines m’ont permis de vivre un temps, d’autres ont échoué peu après le départ. Ces aventures ont toutes été palpitantes, et ce que j’ai appris est riche et quasi-impossible à enseigner. Aujourd’hui encore, et comme toujours, je reste à la recherche d’une idée, « L’idée », d’une opportunité qui va enfin me permettre d’atteindre ce succès tant recherché.

En revanche, la conception du succès est une chose qui mérite qu’on s’y attarde. Bien sûr, l’argent est une forme de réussite, ou plutôt, une forme d’expression de cette réussite. L’objectif principal d’une entreprise étant de générer du bénéfice, parce que la situation de notre compte en banque, quelle qu’elle soit, nous le rappelle constamment, mais aussi parce que la société (marocaine mais pas seulement) respecte mieux les riches, on peut tendre à juger le succès par ce critère uniquement.

Mais le succès de l’entreprise n’est pas synonyme du succès de l’entrepreneur.

Si l’entrepreneur n’a pas réalisé les objectifs personnels qui le faisaient rêver : l’indépendance, la liberté ou vivre avec ses principes, s’il se retrouve prisonnier d’un client mal-intentionné ou d’une équipe à laquelle il est difficile de faire confiance, s’il est à la merci de ses créanciers, s’il n’est plus libre de son temps, que son entreprise dépend excessivement de sa présence, s’il vit un stress négatif constant, la question se pose vraiment : a-t-il réellement atteint le succès ?

Savoir ce qu’on veut, la grande question !

Posez-vous la question. Que voulez-vous vraiment ?

Instinctivement, vous pourriez dire « je veux être riche », « je veux monter mon entreprise », « je veux aider les gens »,  » je veux travailler dans tel ou tel domaine ». Arrêtez-vous un instant et posez-vous une autre question : « Pourquoi ? ». Au delà de l’aspect matériel, pourquoi voulez-vous être riche ou monter votre entreprise. Pourquoi voulez-vous aider les gens ? Et quelle que soit la réponse, soumettez-la à un autre « Pourquoi ? ». Et ainsi de suite.

Vous verrez, ce n’est pas si simple. Mais cet exercice devrait vous éclairer sur ce que vous voulez vraiment, personnellement, au plus profond de vous-même. Vous pourriez vous rendre compte que ce que vous avez choisi de faire n’est pas totalement en phase avec ce que vous voulez.

On ne peut pas atteindre une destination si on ne la connaît pas.

Ma petite histoire

Un jour j’ai voulu monter un bar à jus de fruits. J’ai rédigé un business plan bien ficelé qui m’a permis d’obtenir un crédit équivalent à 70% de l’investissement total. J’ai donné une avance pour un local à la location profitant d’un achalandage énorme. Le potentiel de réussite était aussi extraordinaire. Avec ms future propriétaire, nous étions en phase de signature du contrat de bail final, quelques derniers détails à finaliser entre avocats. Normalement, ça n’aurait pas dû causer de problème.

Mais mon avocat, qui a certes voulu faire son travail au mieux et me protéger au maximum, a proposé un contrat qui a rendu la partie adverse suspicieuse. Mon avocat n’avait pas conscience des enjeux business ni des problématiques relationnelles. Il insistait sur des points de détail, des au-cas-où, et ça a fait capoté la signature. Plus de local, plus de crédit, plus de business et je ne parle pas l’argent que j’ai perdu. Le travail d’un an à la poubelle.

Mais pourquoi en étais-je arrivé là ? Je savais que proposer ce contrat risquait de me mettre dans une situation compliquée avec le propriétaire. Mais je n’ai pas voulu entrer en conflit avec mon avocat. Ceci dit, ça n’aurait pas été un conflit, un désaccord tout au plus.

A posteriori, j’ai réalisé la chose suivant : j’ai eu peur de déplaire à mon avocat. Et ça m’a révélé quelque chose sur moi : tous mes choix étaient motivés par une chose : plaire, plaire à ma famille, mes amis, la société. Je ne l’ai pas choisie pour les bonnes raisons. Parce que je ne me suis jamais vraiment posé la question au départ : qu’est-ce que je veux vraiment !?

Si je m’étais dit que je voulais être libre et indépendant, j’aurais certainement choisi une autre affaire. Loin des banques, avec le minimum de charges fixes, monter un business qui pouvait s’automatiser, et les risques auraient été bien moins grands.

Si vous ne savez pas pourquoi vous faites les choses, votre idée du succès sera faussée.

Être passionné

Savoir ce qu’on veut n’est pas seulement essentiel pour choisir la bonne direction, ça l’est aussi pour vous donner l’énergie de continuer quand vous en aurez besoin. Et l’énergie est la clé de la consistance. Savoir ce qu’on veut et être obsédé de l’obtenir, c’est ce qui crée la passion qui vous permet de générer des idées innovantes, prendre les bonnes décisions et être un bon leader.

À mon sens, les gens confondent souvent entre la passion de l’entrepreneur et la passion personnelle qu’on peut avoir pour la musique ou le sport. Pour moi, la passion de l’entrepreneur doit être sa source d’énergie, et non pas une simple attirance vers un sujet. Elle est aussi la chose pour laquelle il choisit de faire des sacrifices. Et tant que ces sacrifices sont faits pour les bonnes raisons, ils restent légitimes. Alors que quand on est passionné de musique, on n’est pas fixé par un objectif de réussite. On pense surtout à l’émotion que ça provoque quand on l’écoute ou on la pratique.

En tant qu’entrepreneur, on ne peut provoquer cette passion sans avoir une idée claire de ce qu’on souhaite atteindre. Et c’est quand on l’atteint qu’on peut parler de succès.

Prenez le temps de faire l’exercice du « Pourquoi » et définissez clairement ce que vous voulez. C’est peut-être la chose la plus importante pour l’entrepreneur.

About Wahid Lahlou

Multiple entrepreneur, passionné des nouvelles technologies, Wahid a fondé GoApps pour devenir l’un des premiers partenaires G Suite au Maroc. « Les entrepreneurs, TPE et petites PME sont au cœur de notre économie. Mais pour réussir dans un monde qui ne cesse de changer, elles doivent avoir accès aux technologies les plus innovantes. »