L’entrepreneur est un être singulier. Plus qu’un métier ou une compétence, être entrepreneur c’est avoir une personnalité distincte, avec sa psychologie et sa complexité, ainsi qu’une vision du monde originale. Même s’il se donne des objectifs mesurables et qu’il tend à fonctionner rationnellement, ses émotions et son instinct jouent un rôle important dans ses prises de décisions.

Nous sommes souvent pris entre ce que semble nous dicter notre raison et ce que nous expriment nos émotions et notre instinct. Mais que faut-il écouter ?

L’importance des émotions chez l’entrepreneur

Un entrepreneur qui se respecte est habité par son projet. Il y réfléchi constamment. Il le porte comme on porte une croyance, tout ce qu’il vit passe par son filtre. Il vit corps et âme avec son projet et entretient avec lui un rapport presque intime. C’est notre enfant et on y est attaché émotionnellement comme vis-à-vis d’un être humain.

Que poursuit-il ? Si vous lui posez la question, il vous parlera des objectifs de son projet, sa stratégie, son analyse, son plan dans le détail… Mais il ne vous parlera pas instinctivement de ce qui l’alimente personnellement. Si ça se trouve, il en est lui-même inconscient. Mais ce qui est sûr est que tout ce qu’il entreprend lui procure des émotions. Et c’est ce qu’il cherche finalement : créer les émotions qui le rendent heureux. C’est ce qui représente son côté passionnel.

Je ne cherche pas à mettre tout le monde dans le même sac. Il est entendu que nous sommes tous différents, et les émotions que l’on cherche sont différentes. Si certains cherchent à se rassurer, à se sentir en contrôle, d’autres aiment sentir le danger et prennent plus de risques.

Or, on nous dira que les émotions peuvent être dangereuses. Vous entendrez dire qu’il faut travailler sur soi pour être le moins émotif possible, voir la réalité froidement, l’analyser comme un ordinateur et prendre des décisions purement motivées par la raison.

Jusqu’à ce qu’on découvre l’instinct

Qu’est-ce que l’instinct ?

Voici la définition trouvée sur Wikipedia :

L’instinct est la totalité ou partie héréditaire et innée des comportements, tendances comportementales et mécanismes physiologiques sous-jacents des animaux. Il est présent sous différentes formes chez toutes les espèces animales. […] Chez l’humain, il constitue la nature qui s’oppose traditionnellement au concept de culture.

L’instinct serait donc l’expression de notre partie animale, de notre nature. C’est un sentiment qui influence nos comportements et donc nos décisions. Et puisque nous l’avons hérité, c’est quelque chose que l’évolution nous a appris en 300.000 ans d’apprentissage. Comparées aux quelques années d’école et quelques autres d’expérience, c’est énorme !

Ce qui caractérise aussi l’instinct est qu’il est global. Il est souvent confondu dans notre vision générale de notre projet. L’instinct voit les choses de haut alors que l’analyse et les chiffres s’intéressent aux spécificités.

Chacun a de l’expérience avec son instinct. Certaines fois on l’écoute et on regrette. D’autres fois c’est l’inverse. Et on ne peut se passer d’en avoir. En tous cas, il faut savoir traiter avec lui.

Décider quand on manque de données

Une des composantes importantes de l’entreprenariat est de faire des prévisions, puis de mettre en œuvre des actions pour les atteindre. Par définition, puisque nous essayons de prévoir l’avenir, nous n’avons pas toutes les données en main. Dit autrement, nous devons prendre des décisions dans des situations de manque de données.

Par conséquent, parce qu’on manque de données, on a le choix d’attendre de les amasser, ce qui n’est souvent pas possible parce qu’il faut agir rapidement et que certaines données sont simplement impossibles à récolter, ou bien on doit se fier à autre chose.

La plupart du temps, quand on n’est pas sûr de soi, on écoute les avis des autres. C’est une influence qui a ses propres dangers et qui mérite son propre article. Les gens ne vous connaissent jamais assez, vous diront ce qui vous fera plaisir ou le contraire. En un mot, n’écoutez pas les gens. Prenez en considération ce qu’ils disent, mais méfiez-vous d’eux plus que vous ne vous méfiez de votre instinct en tous cas.

Pourquoi se méfie-t-on de son instinct ?

En un mot « la mesurabilité ».

Toutes les informations que nous récoltons rationnellement, les données, analyses, même quand elles sont qualitatives donnent cette impression de mesurabilité. Et quand quelque chose est mesurable, elle est quantifiable, comparable, on peut lui donner une priorité. Tout cela s’enseigne, et c’est ce qu’on a appris à l’école.

Or l’instinct est par définition non mesurable. Comment le comparer à ce que dit l’analyse ? Quand les deux vont ensemble, tout va bien. Et encore, certaines fois, l’analyse n’est pas objective – rappelez-vous il faut faire des prévisions dans une situation de manque de données. Donc, même les chiffres, il faut s’en méfier. Ça devient complexe, mais c’est la réalité.

L’instinct, on s’en méfie aussi parce que c’est difficile à justifier, surtout quand on est en réunion avec son banquier : « Je le sens, ça va marcher » ne passe en généralement pas très bien.

S’écouter et se faire confiance

L’instinct n’est pas une chose qui vous tombe du ciel. On aiguise son instinct au fur et à mesure de son expérience. On apprend à tendre l’oreille. C’est comme faire confiance à quelqu’un. Son CV ne vous dira pas si vous pouvez le faire. Vous devez vous assoir avec lui, échanger, le jauger. Il faut faire exactement la même chose avec soi. Il faut savoir s’écouter et se faire confiance.

Quand je parle de se faire confiance, je ne parle pas de se simplement essayer de se convaincre en clamant « je dois me faire confiance » comme conseilleraient beaucoup de gens. C’est plutôt cultiver la confiance en soi. C’est un process en lui-même qui doit prendre du temps, surtout quand on se lance dans un domaine qu’on ne connaît pas encore assez.

C’est bien pour ça que ceux qui ont le meilleur instinct ont de l’expérience. C’est leur connaissance du terrain et surtout leur connaissance d’eux-mêmes qui leur a permis de se faire confiance.

La solution ?

Oui, il faut écouter son instinct. Pas le suivre aveuglément, mais bien écouter ce qu’il a à dire.

Pour savoir s’il faut lui obéir, il faut d’abord connaître la réalité dans laquelle vous vivez et donc avoir l’expérience nécessaire. On ne suit son instinct que quand on se sent confiant. L’expérience nous apporte aussi cela : la connaissance de soi. Ne parle-t-on pas de l’instinct du guerrier ? Car le guerrier, avec le temps, développe son instinct.

Néanmoins, tout dépend aussi de la décision qu’il faut prendre. Si vous devez choisir un local pour votre boutique et que vous obéissez à votre instinct parce que vous avez ressenti une certaine émotion en la visitant, ce n’est vraiment pas la chose à faire. On appelle ça de la superstition, pas de l’instinct. Mais si, en revanche, vous devez choisir un fournisseur et que vous en avez choisis 50 par le passé et celui-là vous inspire confiance sans savoir exactement pourquoi, ça, c’est l’instinct qui s’exprime.

Sachez aussi que toute décision peut être en générale testée avant d’être mise en œuvre. Un sondage, une publicité sur Internet, appelez un client existant, un projet pilote, il existe beaucoup de dispositifs qui peuvent vous servir à tester votre instinct.

Donc, écoutez-le en prenant certaines précautions, mais ne jetez pas à la poubelle sous prétexte qu’il n’est pas mesurable ou défendable en société.

Bonus

Quand on est entrepreneur, on a besoin d’énergie – de beaucoup d’énergie. Quand on a pris une décision motivée par son instinct, on en est plus passionné. Et la passion est un excellent driver d’énergie. Hésitez donc moins à tendre l’oreille à ce que votre subconscient vous dit.

Merci de votre lecture !

 

About Wahid Lahlou

Multiple entrepreneur, passionné des nouvelles technologies, Wahid a fondé GoApps pour devenir l’un des premiers partenaires G Suite au Maroc. « Les entrepreneurs, TPE et petites PME sont au cœur de notre économie. Mais pour réussir dans un monde qui ne cesse de changer, elles doivent avoir accès aux technologies les plus innovantes. »